Sun 20 Jm2 1435 - 20 April 2014
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Interroger le musulman sur l'état de son cœur et de sa foi

Est il permis au cours des rencontres entre musulmans de s'interroger mutuellement sur les états du cœur et de la foi.. Quelqu'un m'a dit: «cela relève du mystère (divin) et il ne convient pas de poser une question dessus»?

Louanges à Allah

Ce qui est institué pour le musulman c'est d'échanger avec celui qu'il rencontre des recommandations visant à dire vrai et d'agir juste, de persévérer en cela et d'y appeler les autres, conformément à la parole du Très haut: «Par le Temps! L'homme est certes, en perdition, sauf ceux qui croient et accomplissent les bonnes œuvres, s'enjoignent mutuellement la vérité et s'enjoignent mutuellement l'endurance.». (Coran,103)

D'après Abi Madinan ad-Darami, un compagnon du Prophète, quand deux des compagnons du Prophète (bénédiction et salut soient sur lui) se rencontraient, ils ne se quittaient sans que l'un ne lise  à l'autre : «L'homme est certes, en perdition» et  qu'ils se saluent.» (rapporté par at.-Tabarani dans al-Awsat (5124) et par al-Bayhaqui dans ach-chib (8639). Al-Haythami dit dans al-Madjma' (10/233). Les hommes qui forment sa chaîne de rapporteurs sont les même que ceux du Sahih.

Bilal ibn Saad (puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dit: « votre frère qui, chaque fois qu'il vous rencontre , vous  rappelle votre part auprès d'Allah, est meilleur que votre frère qui, chaque fois qu'il vous rencontre, vous remet un dinar.» Extrait de Hilyat al-awliyaa (5/225).

S'agissant de la question portant sur les états du cœur et de  la foi du fidèle en son Maître, on craint que cela n'aboutisse à une autoglorification et au fait de s'en targuer devant les gens comme si on était l'homme au cœur animé par une foi parfaite, l'homme qui craint Allah le Puissant et Majestueux au plus  haut degré. Une telle question peut aussi insinuer une accusation de négligence portée contre l'interlocuteur dans ses rapports avec Allah Très haut ou le fait de pousser l'interlocuteur à s'attribuer  un beau état devant celui qui lui pose la question entre autres  mauvais comportements.

Voilà, peut-être, pourquoi nous n'avons pas trouvé une telle question dans les conversations des ancêtres pieux. Nous ne sachions pas qu'ils  se posassent de telles questions.

Quant au célèbre hadith rapporté par al-Harith ibn Malik al-Ansari selon lequel il est passé auprès du Messager d'Allah( bénédiction et salut soient sur lui) et que ce dernier lui dit: «comment tu t'es retrouvé au matin, ô Harith? Et qu'il a répondu: je me suis retrouvé vraiment croyant et qu'il lui dit: «réfléchis bien à ce que tu dis car toute chose repose sur une vérité. Quelle la vérité de ta foi? - il lui dit: mon âme s'est détournée de la vie d'ici bas. Je veille durant mes  nuits pour  y parvenir et passe mes journées pour m'y réconforter. J'en suis arrivé à vivre comme si je contemplais le trône de mon Maître complètement exposé, comme si je voyais les habitants du paradis échanger des visites, comme si je voyais les habitants de l'enfer crier» – Il dit:  «ô Harith, tu sais  (l'essentiel). Reste ferme.» Il l'a répété trois fois. Ce hadith rapporté par at.-Tabarani dans al-Mou'djam al-kabir (3/266) est un hadith faible; il n'est pas authentique.

Al-Ouquayli (puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dit: «ce hadith  ne possède pas une chaîne ( de rapporteurs) sûre.» Extrait de adh-dhouafaaal-kabir (4/455). Ibn Taymiyah (puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dit: «le hadith a été rapporté sous une forme faible qui n'est pas attestée.» Extrait de al-istiquama,1/194.

Cela étant, il convient de se passer de cette question en raison des mauvaises conséquences qui peuvent en découler. Que le musulman se contente d'interroger son frère sur sa situation générale en lui disant: comment vas-tu? Ou comment tu te retrouves ce matin? Ou d'autres expressions pareilles. Des propos allant dans ce sens ont été rapportés d'après le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui). D'après Aicha (P.A.a): «Une vielle dame se présenta au Prophète alors qu'il se trouvait chez moi et ce dernier lui dit:

-qui es-tu?- elle répondit:

-je m'appelle Djouthamh al-Mouzaniyyah.

-comment étiez vous et comment êtes vous maintenant et comment tu seras après nous? Lui dit le Prophète.

- Je me porte bien, que mes père et mère soient sacrifiés pour te racheter, ô Messager d'Allah! Quand elle s'en alla je dis: messager d'Allah! Pourquoi t'intéresses-tu à ce point à cette vielle?- c'est qu'elle nous fréquentais du vivant de Khadidjah. Or la fidélité est au cœur de la foi.» (rapporté par al-Hakim dans al-Moustdrak (1/62) et jugé bon par al-Albani dans as-silsilah as-sahihah n° 216.

Allah le sait mieux.

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