23487: La prétendue modification du Coran


J’espère que tu répondras à cette question que je trouve très importante. Je lisais dans une page web hostile à l’Islam les propos d’un chrétien selon lesquels cheikh Sidjistani a dit dans son livre intitulé : al-massahifa que Hadjdjad avait introduit des modifications dans les lettres du Coran et y avait changé au minimum dix mots. Le chrétien prétend que Sidjistani a écrit un livre intitulé : maa ghayyarahou al-Hadjdjadj fii mushafi Outhmane ( = les modifications apportées par Hadjdjadj au Coran d’Outhmane). Le Chrétien prétend avoir recensé en arabe les dix mots modifiés. J’ai essayé de trouver un exemplaire de ce livre en vain… J’espère être éclairé .. Je ne peux pas imaginer que tous les ulémas et maîtres puissent permettre à une personne de modifier le Coran sans rien dire, même si cela est rapporté par as-Sidjstani. C’est impensable car nous ne sommes pas des gens qui, incapables de sauvegarder leur livre (saint), le laissent aux hommes de religion. Beaucoup de musulmans savent le Coran par cœur et ils le récitent tous. Dès lors il est inconcevable que l’on se rende pas compte des différences et des divergences.

Louanges à Allah

Premièrement, le musulman ne peut pas douter de l’authenticité du Coran. Allah s’est chargé de sa préservation en ces termes : «En vérité c' est Nous qui avons fait descendre le Coran, et c' est Nous qui en sommes gardien. » (Coran, 15 : 9). Le Coran était au début gardé dans le cœur (mémoire) des Compagnons qui l’avaient mémorisé et transcrit sur des troncs d’arbres et des fragments de terre cuite. Ceci était le cas jusqu’à  l’avènement du calife Abou Bakr as-Siddiq (P.A.a).

Au cours des guerres livrées aux apostasiés, bon nombre des Compagnons ayant maîtrisé le Coran ont été tués. Ce qui inspira à Abou Bakr la crainte de perdre le Coran avec la disparition des Compagnons qui le savaient par cœur. C’est alors qu’il consulta les plus grands Compagnons à propos de la compilation du Coran dans un seul recueil afin de le mettre à l’abri de la perte. Cette tâche fut confiée à Zayd ibn Thabit et à d’autres qui s’étaient occupés de la transcription de la Révélation.

 « Zayd ibn Thabit (P.A.a) a dit : « Abou Bakr me convoqua à la suite du massacre de Yamama et j’eus la surprise de trouver Omar à ses côtés et il me dit : Omar vient de me dire ceci : « une tuerie eut lieu à Yamama au sein des lecteurs du Coran. Et je crains que si ceux-ci continuent de se faire tuer sur les champs de bataille, une bonne partie du Coran risque de se perdre. C’est pourquoi je pense que tu devrais faire rassembler le Coran ». J’ai dit à Omar : « Comment veux-tu faire quelque chose que le Messager d’Allah (bénédiction et salut soient sur lui) n’a pas fait ? » - Omar dit : Au nom d’Allah,  c’est mieux ». Et puis il n’a cessé de me répéter son idée jusqu’à ce qu’Allah m’ait inspiré son admission. »

Zayd dit : « Puis Abou Bakr poursuivit : tu es jeune, raisonnable et au-dessus du soupçon. En plus, tu écrivais du vivant du Prophète (bénédiction et salut soient sur lui) la révélation qu’il recevait. Va collecter et rassembler les (différents éléments du Coran)… Zayd dit : « Au nom d’Allah, s’ils m’avaient chargé de déplacer une montagne, j’aurais trouvé cela plus facile que l’exécution de l’ordre de rassembler le Coran qu’ils venaient de me donner. Et j’ai dit : comment allez-vous faire quelque chose que le Messager d’Allah (bénédiction et salut soient sur lui) n’avait pas fait ? Il (Abou Bakr) dit : « Au nom d’Allah, c’est mieux. ». Et puis il ne cessa de me répéter son idée jusqu’à ce qu’Allah m’en inspirât l’admission comme Il l’avait fait pour Abou Bakr et pour Omar (P.A.a). Dès lors, je me suis mis à rechercher et à collecter les éléments coraniques transcrits sur des branches de dattier et sur des pierres lisses ou conservées dans la mémoire des gens et j’ai trouvé les derniers versets de la sourate at-Tawba chez Abou Khouzayma al-Ansari et je ne les ai trouvés chez personne d’autre… Les feuilles contenant le Coran furent conservés par Abou Bakr jusqu’à sa mort puis elles furent déposées auprès d’Omar qui les garda jusqu’à sa mort puis elles furent transférées à sa fille Hafsa (P.A.a).

Quant à al-Hadjdjad, il n’a pas écrit le Coran lui-même, mais il en a chargé un homme compétent en la matière. Voici le récit intégral :

Az-Zarqani a écrit : « Il est connu que le Coran d’Outhmane ne comportait pas de point diacritiques… Quoi qu’il en fût, l’ajout des points date, selon l’avis le plus répandu, du règne de Abd al-Malik ibn Marwane. Celui-ci s’était aperçu que l’espace de l’Islam s’était élargi et avait réuni arabes et non arabes et que la langue arabe commençait à se détériorer et que des ambiguïtés et des difficultés apparaissaient dans la lecture du Coran chez certains au point qu’il était devenu pénible pour la majorité (des musulmans non arabes) de faire la distinction entre certains mots et lettres du Coran non accompagnés de points.

C’est alors que, par sa clairvoyance, le calife estima qu’il devait engager une action salutaire. Aussi donna t-il à al-Hadjdjadj l’ordre de s’occuper de cette tâche importante. Pour exécuter l’ordre du Commandeur des Croyants, Hadjdjadj confia la tâche à deux hommes : Nasr ibn Assim al-Laythi et Yahya ibn Yaamour al-Udwani, réputés tous les deux très compétents pour avoir réuni le savoir, la pratique, la piété et le scrupule et la maîtrise des règles de la langue et des différentes manières de lire le Coran – Ils avaient été des disciples d’Aboul Aswad ad-Dou’ali.

Les deux experts (Puisse Allah leur accorder Sa miséricorde) ont réussi pour la première fois dans l’histoire à doter de points diacritiques les lettres du Coran qui se ressemblent, après s’être imposé comme règle de ne pas mettre plus de trois points sur une lettre. Cette transcription s’est répandue depuis cette époque et eu un effet très important dans la dissipation des ambiguïtés et du manque de clarté qui affectaient le Saint Coran.

L’on dit aussi qu’Aboul Aswad ad-Douali fut le premier à doter le Coran de points diacritiques. On dit encore qu’Ibn Sirine possédait un Coran dont les points provenaient de Yahya ibn Yaamat. On peut concilier les deux affirmations en disant qu’Aboul Aswad fut effectivement le premier à introduire les points dans le Coran de façon individuelle et qu’il fut suivi en cela par Ibn Sirine. Cependant Abdoul Malick fut le premier à intervenir officiellement dans le cadre d’un travail destiné au public et qui s’est répandu au sein des gens de manière à dissiper les ambiguïtés et difficultés de lecture qui affectaient le Coran.

Voir Manahil al-Infane, 1/280-281.

Troisièmement, s’agissant de la citation reproduite dans la question et extraite de l’ouvrage intitulé : al-Massahif d’Ibn Dawoud. En voici la version assortie du jugement approprié.

« D’après Abbad ibn Souhayb qui le tenait d’Awf ibn Abi Djamila, al-Hadjdjadj ibn Youssouf modifia dix lettres du Coran adopté par Outhmane :

-                   le verset 259 de la sourate 2 se présentait ainsi : « lam yatassanna wandhur » sans la lettre h que Hadjdjadj ajouta ainsi : « lam yatassannah… ».

-                   le verset 48 de la sourate 5 se présentait ainsi : « chari’atan wa minhadjan » et Hadjdjadj le transforma en : « chir’atan wa minhadjan » .

-                   le verset 22 de la sourate 10 se présentait ainsi : « houwa al-ladhi yanshouroukoum » et Hadjdjadj le transforma en : « …youssayyiroukoum ».

-                   le verset 45 de la sourate 12 se présentait ainsi : « ana unabbi’ukum bi ta’wilihi » et Hadjdjadj le transforma en : « ana unbi’ukam bi ta’wilihi ».

-                   le verset 32 de la sourate 43 se présentait ainsi : « nahnou qassamna baynahoum ma a’ yishahoum » et Hadjdjadj le transforma en : « nahnou qassama baynahoum ma’ishatahoum ».

-                   le verset 24 de la sourate 81 se présentait ainsi : « wa maa houwa alal ghaybi bi dhanin » et il le transforma en :  « wa maa houwa alal ghaybi bi zhanin »

Voir al-massahif par As-Sidjistani, p. 49.

Ce récit est très faible voire apocryphe puisqu’on retrouve parmi ses rapporteurs Abbad ibn Souhayb dont les hadith sont rejetés.

Ali ibn al-Madini dit : « son hadith ne tient pas debout ». Al-Boukhari, An-Nassaï et d’autres ont dit : « Il est à laisser ». Ibn Hibban dit : « Il était un militant opposé à la prédestination ». En outre, il rapportait des choses que même le débutant en matière de la critique du hadith pouvait reconnaître comme fausses ». adh-Dhahabi dit : « Il fait partie des abandonnés ».

Voir Mizane al-i’tidal par adh-Dhahabi, 4/28.

 Le fond du récit est contestable et faux, car il est impensable qu’on puisse changer une partie quelconque du Coran de façon à ce que le changement figure dans tous les exemplaires du Coran utilisés dans le monde. En plus, même certains non musulmans qui croient que le Coran est incomplet, comme les chiites rafidites ont critiqué le fond du récit et l’ont rejeté.

Al-Khouï, l’un des Rafidites, dit à ce propos : « Cette prétention ressemble au délire des grippés et aux légendes débitées par les fous et les enfants. En effet, al-Hadjdjadj fut l’un des préfets des Umayyades et il était trop faible et trop peu considéré pour pouvoir manipuler le Coran. Il était même incapable de changer quoi que ce soit des connaissances secondaires de l’Islam… Comment aurait-il pu dans ce cas changer quelque chose de fondamental dans la religion comme un support de la charia ? Comment aurait-il pu avoir une telle capacité et une telle influence dans tous les royaumes de l’Islam et au-delà où le Coran était déjà diffusé ? Comment aucun grand historien n’a pas mentionné cet événement dans son ouvrage ? Comment aucun critique n’en a pas parlé en dépit de son importance et la multiplicité des raisons nécessitant sa transmission ? Pourquoi aucun musulman contemporain ne l’a transmis ? Pourquoi ont-ils laissé passer les « modifications » après la fin du règne d’al-Hadjdjadj et la disparition de son autorité ?

À supposer qu’il ait pu rassembler tous les exemplaires dans leurs contrées éloignées les unes des autres, aurait-il pu modifier ce qui était conservé dans la mémoire de ceux qui savaient le Coran par cœur et dont seul Allah peut recenser  le nombre?

Voir Al-Bayane fi Tafsir al-qur’an, p. 219.

Les propos cités par l’auteur de la question selon laquelle l’imam as-Sidjsitani aurait écrit un ouvrage intitulé : maa ghayyarahou al-Hadjdjadj fii mushafi Outhmane  sont inexacts voire manifestement faux. La vérité est que l’imam as-Sidjistani a donné au récit ce titre : Chapitre : ce qu’al-Hadjdjadj ibn Youssouf a écrit dans le Coran.

Cela étant, il n’est possible en aucun cas de se fier à ce récit. Pour le démentir, il suffit de rappeler que jusqu’ici nul n’a réussi à changer une seule lettre du Coran. Si ce qui a été rapporté était exact, il aurait été possible de répéter la même intervention pendant les siècles marqués par la décadence des musulmans et l’intensification des manœuvres de leurs ennemis. Mieux, ces fausses objections comportent les indications de leur propre caducité et révèlent que les ennemis sont devenus incapables de démonter les arguments du Coran et de se hisser au niveau de son éloquence, d’où leur recours à sa mise en cause. Allah le sait mieux.

Islam Q&A
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