Sun 20 Jm2 1435 - 20 April 2014
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Comparer les œuvres des Compagnons à celles des dernières générations

J’ai lu dans Sahih al-djami un hadith selon lequel le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui) avait dit à ses compagnons que des œuvres accomplies par des musulmans vivant à une époque du déclin de la religion recevait 50 fois la récompense de celles accomplies par les Compagnons. Ma perplexité est due à un autre hadith du Prophète (bénédiction et salut soient sur lui) qui dit :  «  le meilleure génération est le mienne puis celle qui lui succède puis la suivante »  et le hadith qui dit :  «Si l’un de vous dépensait l’équivalent du mont Uhoud en or, il ne serait  pas proche d’égaler les Compagnons ?

Louange à Allah

Pour comprendre la question, il faut savoir qu’il existe deux récompenses : celle qui résulte de l’acquisition des connaissances et celle qui est due à l’accompagnement du Prophète (bénédiction et salut soient sur lui). Certaines personnes issues des dernières générations peuvent recevoir de leurs œuvres une récompense plus importante que celle donnée aux Compagnons qui avaient fait les mêmes œuvres en raison de la rareté de ceux qui s’y adonnent et la faiblesse de l’aide qu’ils reçoivent et des troubles et des épreuves (qui marquent leur époque) mais ils n’atteignent pas la récompense liée à la rencontre et  l’accomplissement du Prophète (bénédiction et salut soient sur lui).

Al-Hafiz ibn Hadjar a dit :  « le hadith qui dit : celui d’entre eux qui accomplira une bonne œuvre recevra une récompense pareille à celle donnée à cinquante d’entre vous » n’indique pas la supériorité de ceux qui sont venus après les Compagnons à ces derniers puisque la réception d’une plus grande récompense n’implique pas la supériorité en mérite.

Par ailleurs, les récompenses dont certaines sont plus importantes que les autres concernant des actions identiques. Quant au mérite particulier lié à la rencontre avec le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui), il constitue une privilège inégalable. C’est ainsi qu’il faut interpréter les hadith susmentionnés. Voir Fateh al-Bari, 7/7.

Cheikh al-islam (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) a dit : « Les derniers, auteurs de bonnes actions, peuvent être récompensés cinquante fois plus que celui parmi les Compagnons qui a accompli les mêmes actions parce que ceux-ci avaient des gens qui les aidaient à faire ce qu’ils faisaient. Quant aux dernières générations, elles ne trouvent personne pour les aider à faire du bien.  Mais le fait de multiplier par 50 la récompense de leurs actions sans l’avoir fait pour les Compagnons, auteurs des mêmes actions, n’implique pas leur supériorité aux Compagnons. En effet, le méritant parmi elles n’est pas comme le méritant parmi les Compagnons parce que les mérites particuliers des Compagnons résultant de leur adhésion à la foi, de leur lutte pour l’islam, de leur affrontement de l’hostilité des habitants de la terre pour  raffermir leur alliance avec le Messager, de leur croyance en lui et de leur application de ce qu’il apportait et prescrivait à un moment où son appel n’était pas encore propagé et son discours n’était pas connu des masses et ses partisans n’étaient pas nombreux et les indices de la prophétie n’étaient pas diffusés, un moment où les croyants restaient peu nombreux et les mécréants et les hypocrites étaient très nombreux. A quoi s’ajoute la dépense par les croyants de leurs biens dans le chemin d’Allah pour Lui complaire dans les conditions que voilà, tout cela constitue une ensemble (de facteurs) dans lequel nul ne peut les égaler.

 C’est ce que confirme ce hadith rapporté dans le Deux Sahih d’après le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui) : « N’insultez pas mes Compagnons ! Au nom de Celui qui tient mon âme en Sa main, si l’un de vous dépensait l’équivalent d’Ouhoud en or, il resterait très loin de les égaler ». Voir Madjmou’al Fatawa, 13/65-66. (à revoir).

Il dit encore : « cela étant, tout honneur accordé aux générations dernières a déjà été accordé de manière plus parfaite aux ancêtres pieux. Quant à sa parole : « Ils recevront chacun une récompense égale à celle donnée à cinquante parmi vous puisque vous trouvez des gens qui vous aident à faire du bien alors qu’eux ne trouveront personne pour les y aider » , elle est exacte. Si un homme des dernières générations fait une bonne œuvre comme celles accomplies par les anciens, il recevra une récompense multipliée par 50. Mais il est inconcevable que des gens des dernières générations puissent accomplir des œuvres égales à certaines faites par des anciens comme Abou Bakr et Omar. Car il ne reste plus aucun prophète comme Muhammad (bénédiction et salut soient sur lui) avec qui on puisse accomplir des œuvres comparables à celles faites en compagnie de ce dernier.

Quant à la parole du Prophète (bénédiction et salut soient sur lui) : « Ma communauté et comparable à une pluie et on ne sait pas si le commencement est meilleur ou la fin. Ce hadith, bien que souple, signifie qu’il y a parmi les derniers des gens qui ressemblent aux anciens et se rendent si proches d’eux en mérite que celui qui examine leurs cas ne saura plus si ceux –ci sont meilleurs ou ceux-là, même si, en réalité, les uns sont meilleurs que les autres.

C’est une bonne nouvelle pour les derniers puisqu’il indique que parmi eux il y a des gens qui se rapprochent des anciens comme le confirme l’autre hadith : « Les meilleurs membres de ma communauté se trouvent parmi les premiers et les derniers, et entre ces deux (générations) il y a un mélange entachés de défauts. Combien j’aimerais voir mes frères !

– « Ne sommes-nous pas vos frères ? »

– « Vous êtes mes compagnons ». Ceci revient à préférer les Compagnons auxquels est réservé le mérite lié à l’accompagnement, qui est plus parfait que la simple fraternité ». Voir Madjmou al-Fatawa, 11/370-371.

Il convient d’attirer l’attention (du lecteur) sur le fait que les termes utilisés dans le hadith cité dans la présente question : « le meilleur siècle est le mien » sont sans fondement, même s’ils reviennent fréquemment dans les ouvrages de la Sunna. En plus, ils véhiculent un sens erroné puisque si le sens qui lui est prêté était le sien, le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui) aurait dit : « Puis celui qui le suit » et pas « Puis ceux qui les suivent ». Les termes exacts sont : « les meilleurs gens sont (ceux de ) ma génération » et : « les meilleurs membres de ma communauté sont (les gens de) ma génération ».

Allah le sait mieux.

Islam Q&A
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